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15.02.2006

Journal de Porto Alegre

Première journée à Porto Alegre.



Intenses moments d'émotions. Lorsqu'en plénière par exemple Samuel Kobia a fait lever parmi les 3300 participants ceux qui avaient participé aux dernières assemblées du COE. Lorsqu'il a cité Harare (1998) le tiers de la salle s'est levé. Pour Canberra, un petit quart. Et demoins en moins jusqu'à Amsterdam, l'assemblée fondatrice du COE en 1948. Il n'y avait plus qu'une seule personne à se lever, Philippe Potter, le pasteur jamaïcain. Standing ovation. Lui souriait les larmes aux yeux pendant que Samuel Kobia rappelait à la tribune les services de ce sherpa de l'oecuménisme depuis plus de 50 ans.

Autre moment exceptionnel : la célébration de prière, réunissant 4000 personnes de tous les continents et de toutes les confessions chrétiennes, qui avait tout d'une liturgie, mais sans le canon eucharistique. A la fin on a distribué des fruits aux participants, offrande des cinq continents, tandis que le choeur chantait un chant à réveiller les morts. J'observais le cardinal Walter Kasper visiblement content.

Le sermon du métropolite Anastassios d'Albanie un peu avant était tout simplement excellent. Il a invoqué le nécessaire combat pour la paix et la justice que doivent mener les chrétiens.



Et il a terminé sur un hymne à l'amour en expliquant que pour lui, au même titre que les physiciens estiment que la pesanteur et la gravité n'étaient pas séparés avant le big bang, au commencement la beauté, la bonté et la vérité n'étaient pas séparées. Des paroles prononcées devant trois jeunes filles qui portaient inscrites sur leurs vêtements des lettres de feu rappelant toutes les injustices de la terre : famine, guerres, tremblements de terre, etc...

Lors de la plénière, la samba brésilienne dansée par des jeunes a électrisé la salle et a su très vite transmettre au public l'art de vivre joyeux et insouciant qui règne ici à chaque coin de rue (au premier regard, cela va de soi, mais cette impression fugitive est partagée par beaucoup de personnes que je rencontre. 'Les gens ne sont pas compliqués ici, la vieille Europe et ses crises paraît si loinataine). Le gouvcerneur du Rio Grando do Sul a d'ailleurs prononcé un tel hymne à Jésus Christ que l'étroite laïcité républicaine française semblai plus lointaine que l'époque des mérovingiens).



Lors de la conférence de prese j'ai posé la question tout de même à Samuel Kobia, le secrétaire général du COE, et SS Aram Ier, le président du comité central, ce qu'il pensait de la crise des caricatures de Mahomet. Ils s'étaient préparé manifestement à la question. Et la réponse était mesurée pleine de sagesse. Ne jetons pas de l'huile sur le feu. Oui il faut garantir la liberté d'expression, notament par une séparation de l'Eglise et de l'Etat. Mais être libre ne signifie pas être irresponsable. La liberté doit être limitée par l'amour au nom de la liberté de tous. C'était déjà ce qu'écrivait Berdiaev il y a 60 ans.

Beaucoup de frissons en une seule journée (et il faudrait rajouter le plaisir de revoir tant de personnes que j'apprécie comme Konrad Raiser, le président d'honneur de notre institut d'études oecuméniques de Lviv, Alexander Belopopsky, l'un des metteurs en scène du côté du COE de cet événement minutieusement préparé, ou Serguei Tchapnine, un viel ami qui travaille pour le principal journal du patriarcat de Moscou)

Cette assemblée promet d'être vraiment un signe de renouveau du mouvement oecuménique. Mais rien n'est encore sûr. Hier mon ami Serguei me faisait remarquer qu'aucun prêtre du patriarcat de Moscou n'avait pris part à la célébration inter-confessionnelle...

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