16.02.2006

POA, jeudi 16 février



Tout à l'heure a eu lieu la conférence de presse de Mgr Cyrille de Smolensk, n°2 de l'Eglise orthodoxe russe et chef de la délégation du patriarcat de Moscou à Porto Alegre. Les organisateurs avaient ciblé la discussion sur le dialogue inter-religieux et ont invité également Mgr Dandala, un évêque méthodiste d'Afrique du Sud, secrétaire général de la Conférence des Eglises de toute l'Afrique. Bref ce n'est pas le lieu de parler de la cathédrale de Nice ni de la question du territoire canonique qui fait tant de mal en Ukraine aux relations d'amour entre l'Eglise gréco-catholique ukrainienne et l'Eglise russe!

Mgr Cyrille annonce qu'il organisera à la veille du G8 les 4-5 juillet 2006 à Saint Pétersbourg un grand rassemblement de chefs religieux de toute la terre, afin qu'ils s'adressent aux dirigeants du G8 et défendent les 'valeurs religieuses contre les valeurs séculières pour une saine cohabitation'. Je lui demande qui viendra. Mgr Kirill répond que Samuel Kobia a donné déjà son accord ainsi que les chefs des Eglises protestantes, 'une haute délégation du Vatican' et les principaux représentants bouddhistes et musulmans de la terre. Il ajoute qu'il a été déçu par les rassemblements inter-religieux qui ont eu lieu après le 11 septembre 'et qui n'ont rien apporté aux gens'. Le patriarche Bartholomée principal organisateur de la généreuse et puissante déclaration du Bosphore (qui affirme que les religions ne peuvent justifier en aucun cas la violence) appréciera sans doute...

En tout cas quoi qu'on pense de ce discours très politique, cette approche très institutionnelle contraste avec le rapport époustouflant de sa sainteté Aram Ier. J'ai mis son discours en lien car il faut vraiment prendre le temps de le lire de A à Z. Sa critique de l'oecuménisme institutionnel 'ossifié' et son appel à un 'aggiornamento fondamental' du mouvement oecuménique vise juste et répond à une profonde attente. Je me permets de lui dire, lors de sa conférence de presse, que la reconnaissance mutuelle du baptême comme critère d'appartenance au COE pour les Eglises membres permettrait de dépasser ce décalage croissant entre l'oecuménisme de la vie et les craintes des institutions ecclésiales. Il me répond l'oeil brillant : 'C'est mon rêve, il faut descendre des étagères du COE les dizaines de livres prenant acte de la reconnaissance difficile du document Baptême Eucharistie Ministère.' Quel plaisir de voir qu'au plus haut niveau du COE on comprend qu'on ne peut avoir une vision conceptuelle, à la fois idéologique et uniformisante, de l'Eglise. Seule une vision du corps ecclésial comme une réalité personnelle, sapientielle, capable de différencier selon les contextes et les degrés de conscience, permettra de décrisper le monde chrétien de la défense, - justifiée mais déconnectée de la réalité du monde -, de ses identités propres.

Le discours de Samuel Kobia, le secrétaire général du COE est lui aussi très profond, dans un style plus social. Samuel Kobia est un chrétien en colère. Il trouve intolérable que toutes les 5 secondes dans le monde un enfant meurt de faim, que le climat soit déréglé, que les 3 personnes les plus riches de la planète dispose d'une fortune ' supérieure au produit intérieur brut total des 48 pays les moins avancés'. Il affirme que la prolifération nucléaire est un mal bien sûr, mais il ajoute que les pays qui disposent de l'arme nucléaire n'ont aucune légitimité pour forcer les pays les plus pauvres à renoncer à l'arme nucléaire. En revanche le pasteur kenyan cite en exemple un pays comme l'Afrique du Sud (il aurait pu rajouter l'Ukraine) qui dispose de toutes les capacités pour disposer de la puissance atomique mais qui y a renoncé volontairement pour le bien-être de la planète. Il mêle des phrases chocs ('l'apartheid est trop fort pour une Eglise divisée' de Desmond Tutu) avec des récits émouvants (comme ces femmes de Bolivie capables de faire la fête avec trois pommes de terre : 'chez les pauvres le miracle du rassasiement des cinq mille s'opère tous les jours'). Sam Kobia a la nostalgie de la 'festa da vida', la fête de la vie, de la joie du carnaval. Je ne connais pas ses qualités d'administrateur. Mais à ce niveau là, le plus important c'est d'être chrétien, d'avoir confiance en la puissance de Dieu. Le COE peut être tranquille de ce côté là pour les années à venir.

Cela me fait penser à la question du thème de l'assemblée, 'Dieu dans ta grâce, transforme le monde'. Voilà un moment que je m'interroge sur l'origine de ce thème. L'usage est de se baser dans ce genre d'assemblée sur une citation de la Bible. Ce matin Norman Shanks, membre du comité central et concepteur du programme, m'a éclairé sur ce point. Non ce n'est pas une citation de la Bible. Oui c'est une prière inventée par les organisateurs à partir d'une demande des Eglises d'Amérique Latine de centrer le thème de l'assemblée sur les questions de justice sociale. Puis vint une précision. 'La logique aurait voulu qu'on dise: Dieu par ta grâce. Mais nous disons Dieu dans ta grâce, pour signifier que la position fondamentale d'humilité que nous voulons défendre doit s'accompagner d'un travail de participation de l'humanité au dessein de Dieu'. Difficile de faire plus orthodoxe !

Tant de gens pasionnants rencontrés aujourd'hui! Yannick Provost, du COE, toujours souriant et serviable, un vieil ami de l'époque de la Formation Théologique pour la Jeunesse que nous organisions à Paris pour les jeunes orthodoxes il y a 15 ans; Denyse Léger de la bibliothèque du COE, qui vient de nous offrir 800 kgs de livres pour notre institut à Lviv; le métropolite Anastasios d'Albanie, d'une humilité et d'une gentillesse époustouflante, le père Job Getcha, nouvellement nommé doyen de l'Institut saint Serge, et puis de nouveaux amis, surtout parmi les journalistes, tous venus à Porto Alegre, non seulement pour des raisons professionnelles, mais avec l'espoir secret d'entendre des paroles de vie. J'ai dîné également avec le père Serge Govoroun, l'un des meilleurs théologiens en Russie actuellement, qui travaille pour le métropolite Cyrille de Smolensk. Quelle joie de découvrir l'avenir de l'Eglise orthodoxe russe!

Commentaires

Maerci beaucoup mon frere & ami Antoine-your commentary is both perceptive & encouraging, discerning as well as forceful. I agree that his holiness Aram I's words were quite prophetic, challenging, hopeful. We need to get out of the dry & dead bones that so much of the ecumenical movement has become & return to the days of great light & joy & hope in the time of Fr Bulgakov, Lev Zander, Anton Kartashev, Nikolai Zernov, Paul Evdokimov, among many others.

Ecrit par : Michael Plekon | 16.02.2006

Thanks father Michael. I think a lot about you these days, and about your conference 'The power of love' pronounced in Lviv last year. For instance today Vera Araujo spoke about the Economy of communion, which is an example of this power of love. I will speak more about that later. In Christ, AA

Ecrit par : Antoine Arjakovsky | 16.02.2006

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