17.02.2006
'Khudaya raeham kar...'
Ce matin prière oecuménique sous la tente géante qui réunit deux fois par jour les 4000 représentants de toutes les confessions chrétiennes d'une centaine de pays du monde. Une musique péruvienne accompagne cette prière australienne prononcée par le speaker : 'Dieu des chameaux qui cheminent et des lieux lointains, des gorges rouges au loin et des visages des aborigènes, Dieu des silences profonds et de la beauté inquiétante du soleil couchant, des plaines éclairées par la lune et des dinguos en fuite, (...) Dieu des horizons immenses et du sable qui vole dans le vent, Viens au devant de nous et enseigne-nous dans ce pays mystérieux'. La foule entame alors une prière traditionnelle Urdhu : 'Khudaya raeham kar, Khudaya raeham', ce qui veut dire 'Seigneur aie pitié de nous'. A la fin de la prière, tandis que résonnent les tambours brésiliens, une fille vient me tendre un tournesol en souriant.
Cette world spiritualité me bouleverse. Pas de trace de new age ici, mais un sentiment de pureté, de cime des montagnes. En revanche Lydia me fait tordre de rire lorsqu'elle me raconte la Bible study de la veille. Une femme en combinaison couleur grenouille, lisant des versets de la Bible et demandant aux participants de glousser 'ahumm' en se dandinant !!! Il y a de tout dans le mouvement oecuménique ! J'ai voulu aller voir...
Mais ce matin rien de tel. Au contraire le commentaire photographique du texte d'Esaïe 65, 17-25 tiré du Textos biblicos offert aux participants était poignant. On voyait des enfants des favellas cherchant à se nourrir dans une décharge tandis que le voix du prophète clamait comme s'il était là en personne : 'voici je vais créér des cieux nouveaux et une terre nouvelle (...) Ils bâtiront des maisons et ils les habiteront; ils planteront des vignes et ils en mangeront les fruits.'
Commence la discussion en petit groupe. Au moment des présentations mon voisin de droite m'explique qu'il est californien, citoyen des Etats désunis. Avant que je ne lui demande de répéter Lydia me chuchote que c'est la caractéristique de beaucoup d'américains présents à cette assemblée, ' ils s'excusent à chaque pas, tant ils ont honte d'être partie prenante de cette mondialisation libérale si injuste et si guerrière.' La discussion s'engage. Un brésilien méthodiste me dit : 'En portugais le péché se dit pekado, et le péché ne peut être pris à la gorge, le pekado est structurel, mais il faut combattre.'. Mon voisin de gauche, un grec orthodoxe, ajoute : ' Les riches sont malheureux, c'est cela qu'il faut comprendre. Il faut leur montrer que vivre sans avoir peur est le vrai bonheur, mais ceci n'est possible que si l'on distingue la notion de vie de celle de la qualité de la vie'. La chrétienne baptiste britannique qui nous fait face opine. Nous sommes sur le même longueur d'onde.
En sortant je traverse le Mutirao. On m'invite à une pièce de théâtre Fair play fair life, qui dénonce le marché du foot et prône un commerce équitable. L'Armée du salut m'invite à son stand. Juste devant l'escalier des femmes palestiniennes dansent joyeusement. Des luthériens brésiliens associés avec des catholiques et des anglicans me tendent un tract : 'Si tu as besoin de quelqu'un pour t'écouter, nous sommes là'. Merci, merci...
J'ai manqué la conférence de presse avec le cardinal Walter Kasper. Heureusement lors du déjeuner le père Thadée de la revue Irénikon publiée par le monastère belge de Chevetogne et M. Mallièvre, de la revue Unité des Chrétiens (entre autres responsabilités), me font un compte rendu. Le cardinal a communiqué le voeu du pape de fêter Pâques le même jour, le 'premier dimanche d'avril'. J'en reparle le soir lors du cocktail organisé par le coe avec Nicolas Senèze le correspondant de La Croix et Jean-Michel Cadiot, le très sympathique représentant de l'AFP (qui est aussi le petit-fils de F. Gay, fondateur dans les années 1930-40 de Sept, de La Nef, et de La Vie Catholique sur lequel il vient d'écrire un livre qui promet d'être passionant).
Certains pensent que cette célébration commune ne se fera pas avant longtemps dans la mesure où il faut un concile pan-orthodoxe pour adopter une telle décision. Or le dernier date de 787! Pour d'autres le COE est précisément un lieu qui pourrait avancer sur cette question comme cela fut le cas en 1997 à Alep lors de la conférence spéciale organisée sur la question. Après tout la décision du concile de Nicée en 325 de fêter Pâques le premier dimanche suivant la première pleine lune après l'équinoxe de printemps n'avait comme objectif principal que de rappeler la nécessité de fêter tous ensemble cette victoire de la vie sur la mort au moment où la terre entière est illuminée par le soleil. Mon intuition personnelle est qu'on ne pourra régler cette question qu'avec le monde juif, qui lui nous rappellera le lien non seulement cosmique mais aussi historique entre la résurrection et la travaersée de la Mer Rouge.
Je croise pendant la présentation de la plénière sur la justice économique le père Heikki Huttunen, un prêtre orthodoxe finlandais, toujours aussi ouvert et souriant. Plaisir de reprendre une discussion au même endroit où elle s'était arrêtée en 1997 à Moscou chez le père Georges Kotchetkov. C'est l'avantage de ces réunions oecuméniques. Quelque chose comme la victoire de l'amitié sur tous les reproches qu'on peut se faire de n'avoir pas maintenu le contact.
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