17.02.2006

Les médias et Porto Alegre

Discussions hier en salle de presse avec les journalistes présents. Je me rends compte que tous ne partagent pas mon enthousiasme par rapport à cette assemblée.

Certains considèrent que cette assemblée est une sorte de bazar incapable de prendre aucune décision en 3 jours de temps.
D'autres sont sceptiques par rapport à l'Appel AGAPE, en disant qu'il est trop facile de proclamer des beaux principes alors que la vraie question est celle du mode de leur application.
Ce matin je donne une interwiew pour Radio Notre Dame et la encore la journaliste n'a qu'une seule question : 'à quoi sert ce rassemblement au bout du compte ?'
Mon voisin de chambre à l'hôtel, le rédacteur en chef du principal journal du patriarcat de Moscou, m'explique qu'il a trouvé le niveau des discussions très faible lors des conversations oecuméniques.

Et il est bien vrai que ce n'est pas parce qu'on est une femme, jeune, de l'hémisphère sud, qu'on est nécessairement une grande théologienne. C'est l'impression que j'ai eu aussi en écoutant tout à l'heure le Bate Papo (dialogue) entre Mgr Rowan Williams, archevêque de Canterbury et Peggy Mekel, une théologienne indonésienne de 25 ans.

Je ne résiste pas non plus à mettre un lien sur le blog du père Iulian Nistea ( http://www.echo-orthodoxe.net/index.php/ ) qui rapporte le niveau des études bibliques du premier jour et de rapporter son histoire.

mercredi, 15 février, 9h15 Pour commencer la journée, le moderateur nous propose un petit jeu, et nous (quelques 7-800 personnes présentes) sommes tous bien d'accord de le jouer: le moderateur annonce / appelle un continent, tous les personnes de ce contenent se tiennent debout, il dit un mot (en anglais) et nous, les participants, devons répéter ce mot à haute voix, tous en même temps, dans notre propre langue. Nous sommes en majorité des europééns et des américains. Commencons donc:

Océanie: hello
Africa: freedom
Asia: transformation
Europe: forgiveness
Amérique latine: wellcome
Amérique du Nord: sorry
Oups! Le cri SORRY des quelques centaines d'américains présents a bien resonné dans la salle !

C'est rigolo ce jeu, de projection subliminale et manipulation mentale des groupes, n'est pas?...

Maintenant nous sommes préparés pour commencer l'étude biblique: évangile selon saint Luc, chapitre 4 - le debut du ministère publique de Jésus.'
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Mais s'il y avait une formation des journalistes à l'oecuménisme, ce genre de choc et ces incompréhensions seraient relativisés. Heureusement, mes discussions avec les journalistes de l'AFP, de la Croix, ou mes correspondances pour L'Express, France Catholique, Radio Notre Dame, Radios chrétiennes de France, ou la télévision KTO, me font constater agréablement qu'en France subsiste une ouverture de principe par rapport à l'oecuménisme. Je ne suis pas sûr que ce soit forcément le cas en Russie ou en Grèce

Cela dit je me sens obligé du coup de justifier mon enthousiasme par rapport à cette assemblée.
Tout d'abord il convient de rappeler que lorsque se réunissent les synodes de l'Eglise catholique romaine, vastes rassemblements de l'oikouménè, personne ne parle de souk ou d'auberge espagnole ! Et ces assemblées prennent rarement leurs décisions au bout du 3e jour. On me permettra de rappeler qu'on attend toujours les décisions signées par le pape du synode sur l'eucharistie d'octobre dernier...Et s'il est vrai que la décision de s'accorder par consensus réclame plus de temps voire oblige à reculer le choix par rapport à un problème, personne ne peut reprocher au COE d'être une structure pyramidale.

Deuxièmement l'assemblée du COE est le plus grand rassemblement chrétien inter-confessionnel existant sur la planète. Ce seul fait me paraît suffisant pour justifier ce genre d'assemblée. Et quant en plus les 348 Eglises du COE représentant plus de cent pays parviennent à se mettre d'accord sur des questions aussi importantes que l'unité de l'Eglise (ce qui a été le cas hier en commission), sur une mondialisation fondée sur l'agapè, ou sur des actions communes contre le sida, contre toute forme de violence ou de discrimination, cela donne un espoir que nos sociétés occidentales semblent avoir perdu depuis si longtemps. Quel plaisir de rencontrer des gens au regard clair, ouverts sur le monde et pratiquant au quotidien la charité dans l'unité !

Troisièmement je ne suis pas d'accord avec l'idée que ces appels à la justice économique soient irréalistes. Ce matin le président du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva l'a démontré de façon simple et tranquille. Il a remercié le COE d'avoir toujours soutenu le Brésil aux pires heures de la dictature militaire 'et pas seulement au niveau de la simple solidarité morale'. Il a rappelé dans un brouhaha d'applaudissements le nom du dissident brésilien Paulo Freire, accueilli en Europe par le COE. Ces gestes qui pouvaient paraître très 'peace and love' dans les années 1970 portent aujourd'hui leurs fruits. Le président brésilien, marqué par cette spiritualité oecuménique sociale, a déroulé ses résultats depuis qu'il a pris ses fonctions en 2002. Il faut lire son discours de A à Z. Un seul chiffre est éloquent.' En 2002, 12 millions de personnes n'avaient pas accès à l'electricité au Brésil. Aujourd'hui ils ne sont plus que 9,5 millions. En 2008, tous les brésiliens auront accès à l'électricité.' Je regarde du coin de l'oeil mon voisin journaliste. Il lève le pouce !

Un monde sans pauvreté est possible. Il faut simplement trouver de nouveaux mécanismes financiers comme le rappelait hier sous les applaudissements le père Vsévolode Tchaplin, chef adjoint des relations extérieures du patriarcat de Moscou, dans un bon discours. Je me souviens également de cette lettre de Konrad Raiser adressée il y a 3 ans à Kofi Annan qui avait cédé aux pressions les plus néo-libérales de la Banque mondiale, de l'Organisation mondiale du commerce, et du Fonds monétaire international. Le lendemain il recevait une réponse du secrétaire général de l'ONU lui annonçant que ces institutions étaient prêtes à le rencontrer en la personne de leurs directeurs à Genève !

Je suis d'accord avec le père Tchaplin qu'il ne faut pas revenir à une économie communiste planifiée ni à une économie de la cueillette comme le suggèrent certains représentants des îles Fidji. Si on voulait bien croire que le meilleur investissement, était non pas celui qui rapporte le plus de profits, mais celui qui rapporte la meilleure qualité de vie, nous trouverions toutes les instances pour mettre en pratique ces principes. Le monde du vrai commerce et de l'entreprise bénéficiaire, non pas le monde des mafias et des banques off shore, est un monde fondamentalement enraciné dans l'Esprit. Mais personne ne le dit plus depuis Adam Smith et le père Serge Boulgakov !

L'Eglise dispose d'une voix éthique qui est gigantesque. Mais personne ne l'utilise à cause des divisions et les médias ont tendance à l'ignorer. Hier le correspondant de l'AFP m'a confié qu'il n'avait pu passer qu'une seule dépêche depuis le début de l'assemblée, sur les cartoons of Mahomet. Il est persuadé en revanche que si on en vient à parler des questions d'homosexualité avec R. Williams, sa dépêche passera immédiatement! Il est là le vrai problème. Pas dans l'assemblée de Porto Alegre. Cette assemblée est un grand événement spirituel qui permet de se rapprocher des ondes les plus fines du souffle de l'Esprit!

Voilà ça va mieux en le disant !

Terminons avec le grand Lula : 'My friends, christian ecumenism is an example for the goal of peace on the earth!'

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