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20.02.2006

Victoires et défaites de l'Orthodoxie

medium_williams.jpgMgr Rowan Williams, archevêque de Canterbury, a marqué fortement les participants de l'assemblée. Dans son discours 'Identité chrétienne et pluralité religieuse' il a redéfini l'identité chrétienne comme l'appartenance à un lieu que Jésus définit à notre intention. Et ce lieu n'est pas le 'territoire canonique' mais le témoignage et l'engagement fidèle que Dieu est 'justice, impartial, universel, un Dieu libre de pardonner les fautes. Nous devons l'appeler Père en termes à la fois intimes et audacieux.' Le chrétien est celui qui demeure aux côtés des plus pauvres. Le primat de la communion anglicane rejette à la fois tout exclusivisme et tout relativisme.'La place de Jésus est ouverte à tous ceux qui veulent voir ce que voient les chrétiens'.

Lors de la conférence de presse j'ai demandé à Mgr R. Williams si le fait que le seul auteur chrétien qu'il ait cité soit un orthodoxe ne signifiait pas que le temps était venu pour les chrétiens d'Occident, catholiques, luthériens ou anglicans, de se désigner orthodoxes. Car le christianisme dans la définition de R. Williams est la vie en Christ dans l'Esprit, soit exactement la définition que donne de l'Orthodoxie le père Boulgakov. Sa réponse a fusé : 'Increasingly yes!', 'Oui de plus en plus! Et quelle n'a pas été ma joie de l'entendre citer en plus de Olivier Clément, mon ami le père Michael Plekon, 'l'un des témoins vivants de l'Orthodoxie en Occident'.

Malheureusement ce retour à l'Orthodoxie du monde chrétien passe par dessus la tête de la plupart des délégués orthodoxes. Hier lors de la réunion du monde orthodoxe, le spectacle était affligeant. Aucune conciliarité n'était présente dans l'organisation de la réunion. On a appris qu'il y avait plus de deux millions d'orthodoxes vivant au Brésil, membres du patriarcat d'Antioche, mais aucune place ne leur a été donnée pour se présenter, voir pour organiser une célébration liturgique ! Le patriarcat oecuménique monopolisait le leadership tandis que Moscou se taisait.

Christophe d'Aloisio, le président de Syndesmos, a pris la parole pour expliquer de façon extrêmement brillante et audacieuse que les jeunes souhaitaient l'unité, voulaient une liturgie commune, étaient prêts à servir le Conseil oecuménique en envoyant un délégué au département de la jeunesse. Mais personne (ou presque) n'a pris le temps de l'écouter. Certes Mgr Anastassios était là. Il a bien rappelé aux participants que désormais les orthodoxes étaient 'inside the WCC', que le temps de la proposition et de l'unité devait l'emporter sur celui de la critique et de la désunion. On l'a écouté poliment, puis la discussion a repris sur la nécessité pour chacun de devoir rendre visite aux paroisses orthodoxes de la ville...

La décision avait été prise que chacun célèbre la liturgie du dimanche dans son coin. On n'a même pas envisagé de mélanger les délégations. Alors que C. d'Aloisio n'a eu que 5 minutes pour parler, Mgr Gennadios a lu pendant 20 bonnes minutes le détail des horaires de bus pour aller à l'Eglise du patriarcat de Constantinople. On a bien ri !
Mais à la fin de la réunion plusieurs jeunes orthodoxes m'ont confié qu'ils iraient aux liturgies pentecôtistes et catholiques le lendemain tant la crise du monde orthodoxe était triste... Quand à mon ami catholique venu assister à la réunion en observateur, il est reparti en me glissant avec regret: 'Voyez comme ils s'aiment...'

Nous sommes réellement à la veille d'un éclatement du monde orthodoxe. Je viens d'ailleurs d'apprendre que la cathédrale de Nice que le patriarcat de Moscou souhaite subtiliser à Constantinople représente plus de 70 % des recettes (grâce au tourisme) de l'Eglise orthodoxe russe relevant de Constantinople en France. Si Moscou récupérait la cathédrale de Nice ce serait donc la fin d'une Eglise qui, malgré toutes ses faiblesses, est l'héritière du principal mouvement de réforme de l'Orthodoxie au XXe siècle avec des figures comme S. Boulgakov, N. Afanassiev, O. Clément, etc... Heureusement j'apprends grâce à orthodoxie.com que C. Estrosi souhaite classer monument historique la cathédrale.

Les Eglises d'Amérique Latine ont donné une toute autre image d'elles-mêmes aujourd'hui. Un spectacle, mêlant le théatre, les images, la danse et la musique nous a été montré en présence de Adolfo Perez Esquivel, prix Nobel de la paix, et de Nora Cortinhas, l'une des fondatrices du Mouvement des mères de la place de mai. Deux visages purs, établissant un lien direct entre le Christ, la justice et la paix. Leur grand combat en faveur de la liberté mené de façon oecuménique contre les dictatures des années 60-80 a abouti à la victoire de la démocratie. Et les chants en faveur de la liberté accompagnés par une flûte de paon et des tambours sur fond d'images de jeunes disparus dans les geôles des dicatatures militaires étaient bouleversants. Quel contraste avec le combat pour la place de proestos de nos Eglises orthodoxes!

'Les sources d'énergie du christianisme aujourd'hui ne sont pas institutionnelles, elles se trouvent dans l'oecuménisme de la vie' me souffle, comme pour m'aider à 'ne pas désespérer', Elisabeth Raiser, l'épouse de Konrad Raiser et une femme remarquable.

Commentaires

«Si Moscou récupérait la cathédrale de Nice ce serait donc la fin d'une Eglise qui, malgré toutes ses faiblesses, est l'héritière du principal mouvement de réforme de l'Orthodoxie au XXe siècle»
C'est sans doute fortement exagéré et pessimiste, car, tout de même, l'Eglise n'est pas qu'une question de recettes...

Ecrit par : kognus | 20.02.2006

Je n'ai pas voulu dire que l'Eglise en tant que Corps du Christ n'est qu'une question de recettes! En revanche l'Eglise en tant qu'institution, en tant qu'exarchat précis ne pourra continuer à vivre sans recettes! AA

Ecrit par : AA | 20.02.2006

Thank you Antoine for your report. I can't say I am very surprised at Orthodox disunity. It often seems we Orthodox are more united by what we hate (e.g. modern world, other Christians, the West etc.) than what we love (as expressed in a common chalice at one united liturgy). As Yeats put it, 'More substance in our enmities/Than in our love'. What I found particularly ironic is the fact that the most public witness to Orthodox theology there appears to be the leader of the world-wide Anglican Communion. BG

Ecrit par : Brandon Gallaher | 20.02.2006

Dear Brandon, thanks for your comment. This is exactly what I experienced today with the double presentation of N. Saracco (evangelical) and J. Scampini (roman catholic) (see my next paper). The evangelicals are speaking first of all about love in this assembly, and also about local level. Other denominations are much more concerned by global issues and institutionnal documents and agreements...
In Christ, AA

Ecrit par : AA | 20.02.2006

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