23.02.2006
Prière du soir
Interconfessionnelles le matin, les prières du soir sont à l’assemblée organisées par familles d’Eglises. Ce soir c’était au tour des ‘Eastern Orthodox’ de faire partager leurs richesses spirituelles aux participants de l’assemblée. Un office inspiré des Vêpres s’est conclu par une bénédiction du pain, du vin, de l’huile et d’autres dons de la création, et par la distribution du pain béni aux 2000 participants.
Heureusement tout le monde orthodoxe était là (sauf les membres du comité central retenus pas une réunion). L’unité fondamentale du monde orthodoxe a enfin jailli. 
On voyait autour de Mgr Damaskinos (patriarcat de Constantinople) qui présidait la cérémonie côte-à-côte des prêtres du patriarcat de Moscou, de Roumanie, de Serbie, de Grèce, de Jérusalem, d’Antioche, de Finlande, etc…
Un arc-en-ciel s’était déployé juste avant cet office comme pour signifier la paix de Dieu. Et grâce aux intercessions ‘pour la paix du monde entier, la prospérité des saintes Eglises de Dieu et pour l’union de tous’, ainsi que grâce à la beauté des chants et à l’intelligence des organisateurs (Mgr Gennadios de Sassima, le père Ioan Sauca) - qui ont su faire monter à la tribune des jeunes femmes et un étudiant africain afin de lire les Ecritures -, les participants à cette prière ont réellement été émus. 
Il semblerait donc que les tensions inter-orthodoxes se soient apaisés. Les orthodoxes ont en effet été unanimes pour présenter la liste de leurs candidats pour le comité central, pour la présidence du Conseil (Mgr Anastassios de Tirana et de toute l’Albanie, déjà élu avec 7 autres co-présidents dont sa sainteté l'abuna Paulos, patriarche de l'Eglise orthodoxe Tewahedo d'Ethiopie), et même pour un candidat à la présidence (père Léonide Kishkovsky) et à la vice-présidence (Mgr Gennadios de Sassima) du comité exécutif. C’est pourquoi Mgr Gennadios va jusqu’à dire qu’au COE ‘c’est l’unité du monde orthodoxe qui prévaut’. C’est même selon lui ce qui a permis aux orthodoxes de gagner des sièges et de faire passer leur représentation au COE à 19% (auxquels on peut ajouter les 7% des orthodoxes orientaux).

Souhaitons que cette unité visible de l’Orthodoxie au COE manifestée spirituellement et paisiblement ce soir se diffuse dans l’ensemble du monde habité !
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21.02.2006
Les mouches brésiliennes
Hier matin l'archevêque anglican Desmond Tutu a eu le droit à une double standing ovation ! Il a voulu calmer la salle en disant qu'il ne fallait pas exagérer, qu'il n'était pas si connu. 'Récemment, expliquait-il une femme est venu me voir en me disant : 'Hello archibishop Mandela!'. Eclats de rire!
Tout comme le président Lulla, le prix Nobel de la paix (1984) a rendu hommage au COE pour son soutien ferme pendant les années d'apartheid. ' Ce prix Nobel, ce n'était pas le mien, c'était le notre, et vous le partagez. Merci.'
Desmond Tutu a cependant expliqué que l'apartheid n'a été possible que parce que les chrétiens étaient divisés. 'Regardez également comment une Eglise divisée a exacerbé le conflit en Irlande du Nord.'
Le théologien anglican a insisté sur l'amour de Dieu après l'épisode de Babel et après la trahison des apôtres : 'Jésus n'a pas condamné ses disciples qui tous l'avaient abandonné à sa mort sur la croix. Après sa résurrection il a appelé ces hommes - des couards si abjects qui l'avaient trahi, qui l'avaient renié, et qui l'avaient tous abandonné. Il ne les a pas appelés en les nommant indifféremment, mais en les appelant : mes frères'.
Lors de la conférence de presse, D. Tutu s'est tourné vers l'archevêque Anastase d'Albanie pour citer 'un saint russe' qui expliquait que 'plus nous allons vers Dieu et plus notre coeur s'ouvre et devient plus inclusif'. Il suffit de lire les lignes qui suivent pour mesurer le propre degré d'ouverture de D. Tutu. 'Not surprising for this Jesus, speaking of his coming glorification on the cross declares : ' I if I be be lifted up will draw all to me'. Not some but all.' Le Christ monté au ciel attirera tous les hommes à lui. Cette promesse, rapportée par saint Jean, a été faite sur la croix !
Et D. Tutu a rajouté : 'Tous!... même Bush (rires), même Ben Laden, même les homosexuels, tous font partie d'une seule famille, sont aimés et sont précieux aux yeux de Dieu.' C'est tellement important de rappeler cela. Même mes amis russes, si sensibles au désordre moral de la planète, ont admis la force de son propos. Le père finlandais Heikki Huttunen, l'un des meilleurs pasteurs orthodoxes que je connaisse, a lui aussi animé son séminaire sur la sexualité humaine.
Il a rappelé que toute personne, quelle que soit son orientation sexuelle, devait être accueillie dans la même joie que celle avec laquelle saint Séraphin de Sarov saluait les personnes qui venaient le voir. Cela n'empêche pas comme le disaient les russes avec qui je dînais ensuite que dans un second temps on explique aussi que la vie nouvelle en Christ nécessite un travail sur soi, un repentir. Mais le langage de l'amour 'comprend tout, espère tout'.
Cette phrase du Christ 'J'attirerai tous les hommes à moi' était l'une des préférées de Mgr Kassien (Bezobrazov), doyen de l'Institut saint Serge après guerre et auteur de l'excellent livre Le Christ et la première génération chrétienne.
Je suis content que son successeur, le père Job Getcha, fasse partie du nouveau comité central du COE. J'espère de tout coeur que lui, et ceux qui l'entourent à l'Institut St Serge, pourront faciliter l'entrée du monde orthodoxe dans le XXIe siècle.
Car il y a des jeunes orthodoxes qui promettent comme le kényan John Ngige Njoroge qui a lu à l'assemblée main dans la main avec une jeune théologienne coréenne Lei Garcia le message suivant : 'We commit ourselves to our continuing journey in calling one another to visible unity in one faith and in one eucharistic fellowship, expressed in worship and common life in Christ, through witness and service to the world, and to advance towards that unity in order that the world may believ (WCC Constitution).
Hier à la réunion informelle organisée par Syndesmos, bien que la plupart des théologiens de Moscou et de Constantinople ne se soient pas exprimés, les amis 'non-orthodoxes' de l'Orthodoxie qui étaient là, comme Dagmar Heller par exemple (cf photo) ont interpellé avec délicatesse les orthodoxes à être plus présents, plus actifs, et peut-être aussi plus humbles dans les réunions oecuméniques. Mais quand Christophe d'Aloisio a demandé aux personnes présentes, une bonne soixantaine, comment ils transmettraient leurs convictions oecuméniques à leurs paroisses après l'assemblée, on entendit pour la première fois distinctement voler ...les mouches brésiliennes!
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20.02.2006
La découverte des pentecôtistes et des évangéliques
Je ne connaissais en fait ni les évangélistes ni les pentecôtistes. La présentation du revd Dr Norberto Saracco, de la Good News Evangelical Church, en Argentine, m'a beaucoup intéressé et réjoui, tellement que je vous recommande vivement de lire son texte qui n'existe pour l'instant qu'en anglais.
Cette présentation me confirme dans mon opinion qu'il faut comprendre l'Eglise comme une réalité personnelle et non comme un concept, qui postule l'homogénéité en tous temps et en tous lieux. Même si je me sens proche des remarques à la fois bienveillantes et critiques faites par le théologien catholique p. Jorge A. Scampini au texte 'Appelés à être l'Eglise une', il faut de toute urgence que les théologiens comprennent cette nécessité de se dégager du conceptualisme, souvent critique, injuste et institutionnel.
L'Eglise a des visages différents en fonction des contextes et c'est toujours la même Eglise. L'Eglise a des densités de relations inter-confessionnelles différentes en fonction des personnes et c'est pourtant la même Eglise. Si nous la regardions comme une échelle vivante réunissant le ciel et la terre nous accepterions cette unité par capillarité, par niveaux de conscience beaucoup plus facilement. Nous serions beaucoup moins tenté de protéger Dieu de toute hérésie, ou plutôt de protéger notre représentation de Dieu de toute opinion partielle. Tandis que au contraire, tant que nous cherchons à montrer que le vinculum symbolicum doit être indissocié du vinculum sacramentale et du vinculum hierarchicum, comme nous l'a exposé ce matin le père Scampini, nous oublions de nous situer.
Oui la confession de foi est indissociable de la vie liturgique et de la nécessité d'un ordre dans l'Eglise. Je ne le conteste pas. Mais ceci concerne un certain niveau de discussion, un certain de degré de corporéité, un certain degré d'intensité dans la connaissance mutuelle. Pourquoi le joug de l'unité toujours plus dense doit-il toujours l'emporter sur la primauté fondamentale de la joie du seul fait d'être chrétien ? Etre au pied de la croix ne suffit-il pas à notre identité chrétienne globale ? Ce n'est ni du minimalisme doctrinal ni du new age que de dire cela. C'est prendre conscience que, avant tout, notre identité chrétienne est amoureuse, sapientielle, tournée vers les plus démunis, et ensuite seulement tournée vers nous-mêmes, vers nos imperfections, vers la nécessité impérative de mieux nous comprendre.
Je me suis senti plus proche aujourd'hui de Norberto Saracco que de Jorge Scampini.
New Possibilities in the Quest for Visible Unity
A Contribution from the Evangelical Churches of Latin America
Dr J Norberto Saracco
You belong to the same church as me,
If you stand at the foot of the cross.
If your heart beats in time with to my heart,
Give me your hand. You are my brother, my sister.
For decades the words of that chorus have been sung by millions of evangelicals throughout Latin America. It has been a sort of theme song in meetings and activities at which brothers and sisters of different denominations met. Its ecumenical theology is simple: if you are at the foot of the cross, you belong to the same church as I do; if your heart beats in time with my heart, you are my brother, my sister.
That simple statement reduces centuries of ecumenical discussion to the barest minimum, but it also glosses over our real divisions.
Diversity and plurality, values which are a legacy from our Protestant history, have drifted towards fragmentation and polarization. These have been features of the life of the evangelical churches and, for the Pentecostals, almost a measure of their spirituality!
However, today it is different. In recent years, it has been the evangelical churches, and particularly the Pentecostal churches, that have worked hardest in the quest for the visible unity of the church. The strengthening of the National Alliances and Federations of Churches, the establishment of Pastoral Councils in thousands of cities, and joint mission and evangelism projects are only some examples of this. We know that it is not the same in all places and that there is still much to be done, but it would be wrong not to acknowledge the truth of this.
For the evangelical churches, unity comes out of their faithfulness to the Word of God and and out of mission. In the Lausanne Covenant, it is put like this: “We affirm that the visible unity of the church in the truth is the will of God. Evangelism is also an invitation to unity, since unity strengthens our witness, just as disunity is a denial of our gospel of reconciliation.”
For evangelical churches, unity is not based on the recognition of a hierarchical authority, nor on dogmas, nor on theological agreements, nor on alliances between institutions. We have to accept that that way of doing ecumenism has gone as far as it can. We know one another better than ever before, we have said to one another all that we have to say, and we understand exhaustively the causes of our divisions. What is the next step to be? The ecumenical agenda must disentangle itself from the past and become open to the ecumenism of the future. In a dynamic and lively church, like the church in Latin America, there is an ecumenism of the People of God, which declares, like the song I mentioned to begin with, that if you and I are at the foot of the cross, then we belong to the same church, so, give me your hand, let us walk together, you are my brother, my sister. I admit that this ecumenical simplicity may be disturbing, but its sole aim is to help an ecumenism that has come to a standstill to break out of its inertia.
Why can we not listen to the millions of Christians who have no understanding of our divisions? In recent decades, we have in fact witnessed the weakening of denominational structures. There has been a globalization of religious experience. The lines of authority, loyalty and spirituality cut across the different denominations. We cannot ignore the dangers in this new situation, but we must also ask, Will this not be, perhaps, the breath of the Spirit? Will it not be that God is creating something new without our being aware of it?
We are being asked, how can the evangelical churches relate to the fellowship of churches which belongs to the World Council of Churches?
When the question is asked in that way, the diversity among the evangelical churches and the diversity among the WCC member churches make an answer impossible.
I can, however, suggest some possible ways how they can relate to one another…
We need to regard one another honestly with mutual respect and appreciation. In the past, we evangelical churches in Latin America have (in inverted commas) “evangelized” by exposing the weaknesses of the Catholic Church. Today it is different. In the 1970s we were also not able to understand the struggle of our brothers and sisters who, at that time, were risking their lives by being witnesses to Jesus Christ, his justice and his truth. Since then, we have, more than once, publicly and privately, repented of this. Unity becomes, however, difficult when our brothers and sisters treat us as sects, when they regard Pentecostals as a threat, and see in the growth of evangelical churches an advance of the pro-war right. Unity cannot be built on misrepresentation and prejudice.
We need to understand that the religious map of the world has changed and that the map of Christianity has also changed. The centre of gravity of the church has moved from the North to the South. The fact that this Assembly is taking place in this city of Porto Alegre is not a coincidence. We, the Christians from this part of the world, therefore have this not-to-be-missed opportunity to make our unity in Christ visible in our day-to-day commitment to mission. Our impoverished peoples, our pillaged lands and our societies in bondage to sin present us with a challenge. An ecumenism of mission is possible in so far as Jesus Christ is proclaimed as Saviour and Lord and the gospel presented in its entirety. We believe that the centrality of Jesus Christ points up the difference between the mission of the church and religious compassion. We need to be clear. Latin America needs Jesus Christ and we should come together in mission to declare that truth.
We need to accept our diversity as an expression of the grace of God that itself takes many forms. There are different ways of being church and in recent times that diversity has multiplied. It would be a good ecumenical exercise to find out what are the limits to diversity that we are prepared to accept. But we need to accept one another without reservation, without dividing churches into first-class and second-class. It needs to be an acceptance without ecclesiological word-play (communities of faith, ecclesial communities, churches, and so on), which is an attempt to conceal our inability to acknowledge others as part of the one church.
Allow me to end with a question. Suppose we were to give the Spirit a chance? We have used oceans of ink and tons of paper in writing about unity. That has not been a waste of time, effort or money. But it has brought us as far as we can go. Is not this the time for a new Pentecost? Only a Spirit-filled church will see racial, sexual, economic and ecclesiastical barriers come down. Only Spirit-filled lives will stop calling “impure” or “unclean” what God has called holy, and stop regarding as sacrosanct what is “unclean”.
The unity of the church will be a work of the Spirit, or it will not be at all.
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Victoires et défaites de l'Orthodoxie
Mgr Rowan Williams, archevêque de Canterbury, a marqué fortement les participants de l'assemblée. Dans son discours 'Identité chrétienne et pluralité religieuse' il a redéfini l'identité chrétienne comme l'appartenance à un lieu que Jésus définit à notre intention. Et ce lieu n'est pas le 'territoire canonique' mais le témoignage et l'engagement fidèle que Dieu est 'justice, impartial, universel, un Dieu libre de pardonner les fautes. Nous devons l'appeler Père en termes à la fois intimes et audacieux.' Le chrétien est celui qui demeure aux côtés des plus pauvres. Le primat de la communion anglicane rejette à la fois tout exclusivisme et tout relativisme.'La place de Jésus est ouverte à tous ceux qui veulent voir ce que voient les chrétiens'.
Lors de la conférence de presse j'ai demandé à Mgr R. Williams si le fait que le seul auteur chrétien qu'il ait cité soit un orthodoxe ne signifiait pas que le temps était venu pour les chrétiens d'Occident, catholiques, luthériens ou anglicans, de se désigner orthodoxes. Car le christianisme dans la définition de R. Williams est la vie en Christ dans l'Esprit, soit exactement la définition que donne de l'Orthodoxie le père Boulgakov. Sa réponse a fusé : 'Increasingly yes!', 'Oui de plus en plus! Et quelle n'a pas été ma joie de l'entendre citer en plus de Olivier Clément, mon ami le père Michael Plekon, 'l'un des témoins vivants de l'Orthodoxie en Occident'.
Malheureusement ce retour à l'Orthodoxie du monde chrétien passe par dessus la tête de la plupart des délégués orthodoxes. Hier lors de la réunion du monde orthodoxe, le spectacle était affligeant. Aucune conciliarité n'était présente dans l'organisation de la réunion. On a appris qu'il y avait plus de deux millions d'orthodoxes vivant au Brésil, membres du patriarcat d'Antioche, mais aucune place ne leur a été donnée pour se présenter, voir pour organiser une célébration liturgique ! Le patriarcat oecuménique monopolisait le leadership tandis que Moscou se taisait.

La décision avait été prise que chacun célèbre la liturgie du dimanche dans son coin. On n'a même pas envisagé de mélanger les délégations. Alors que C. d'Aloisio n'a eu que 5 minutes pour parler, Mgr Gennadios a lu pendant 20 bonnes minutes le détail des horaires de bus pour aller à l'Eglise du patriarcat de Constantinople. On a bien ri !
Mais à la fin de la réunion plusieurs jeunes orthodoxes m'ont confié qu'ils iraient aux liturgies pentecôtistes et catholiques le lendemain tant la crise du monde orthodoxe était triste... Quand à mon ami catholique venu assister à la réunion en observateur, il est reparti en me glissant avec regret: 'Voyez comme ils s'aiment...'
Nous sommes réellement à la veille d'un éclatement du monde orthodoxe. Je viens d'ailleurs d'apprendre que la cathédrale de Nice que le patriarcat de Moscou souhaite subtiliser à Constantinople représente plus de 70 % des recettes (grâce au tourisme) de l'Eglise orthodoxe russe relevant de Constantinople en France. Si Moscou récupérait la cathédrale de Nice ce serait donc la fin d'une Eglise qui, malgré toutes ses faiblesses, est l'héritière du principal mouvement de réforme de l'Orthodoxie au XXe siècle avec des figures comme S. Boulgakov, N. Afanassiev, O. Clément, etc... Heureusement j'apprends grâce à orthodoxie.com que C. Estrosi souhaite classer monument historique la cathédrale.
Les Eglises d'Amérique Latine ont donné une toute autre image d'elles-mêmes aujourd'hui. Un spectacle, mêlant le théatre, les images, la danse et la musique nous a été montré en présence de Adolfo Perez Esquivel, prix Nobel de la paix, et de Nora Cortinhas, l'une des fondatrices du Mouvement des mères de la place de mai. Deux visages purs, établissant un lien direct entre le Christ, la justice et la paix. Leur grand combat en faveur de la liberté mené de façon oecuménique contre les dictatures des années 60-80 a abouti à la victoire de la démocratie. Et les chants en faveur de la liberté accompagnés par une flûte de paon et des tambours sur fond d'images de jeunes disparus dans les geôles des dicatatures militaires étaient bouleversants. Quel contraste avec le combat pour la place de proestos de nos Eglises orthodoxes!'Les sources d'énergie du christianisme aujourd'hui ne sont pas institutionnelles, elles se trouvent dans l'oecuménisme de la vie' me souffle, comme pour m'aider à 'ne pas désespérer', Elisabeth Raiser, l'épouse de Konrad Raiser et une femme remarquable.
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17.02.2006
Les médias et Porto Alegre
Discussions hier en salle de presse avec les journalistes présents. Je me rends compte que tous ne partagent pas mon enthousiasme par rapport à cette assemblée.
Certains considèrent que cette assemblée est une sorte de bazar incapable de prendre aucune décision en 3 jours de temps.
D'autres sont sceptiques par rapport à l'Appel AGAPE, en disant qu'il est trop facile de proclamer des beaux principes alors que la vraie question est celle du mode de leur application.
Ce matin je donne une interwiew pour Radio Notre Dame et la encore la journaliste n'a qu'une seule question : 'à quoi sert ce rassemblement au bout du compte ?'
Mon voisin de chambre à l'hôtel, le rédacteur en chef du principal journal du patriarcat de Moscou, m'explique qu'il a trouvé le niveau des discussions très faible lors des conversations oecuméniques.
Et il est bien vrai que ce n'est pas parce qu'on est une femme, jeune, de l'hémisphère sud, qu'on est nécessairement une grande théologienne. C'est l'impression que j'ai eu aussi en écoutant tout à l'heure le Bate Papo (dialogue) entre Mgr Rowan Williams, archevêque de Canterbury et Peggy Mekel, une théologienne indonésienne de 25 ans.
Je ne résiste pas non plus à mettre un lien sur le blog du père Iulian Nistea ( http://www.echo-orthodoxe.net/index.php/ ) qui rapporte le niveau des études bibliques du premier jour et de rapporter son histoire.
mercredi, 15 février, 9h15 Pour commencer la journée, le moderateur nous propose un petit jeu, et nous (quelques 7-800 personnes présentes) sommes tous bien d'accord de le jouer: le moderateur annonce / appelle un continent, tous les personnes de ce contenent se tiennent debout, il dit un mot (en anglais) et nous, les participants, devons répéter ce mot à haute voix, tous en même temps, dans notre propre langue. Nous sommes en majorité des europééns et des américains. Commencons donc:
Océanie: hello
Africa: freedom
Asia: transformation
Europe: forgiveness
Amérique latine: wellcome
Amérique du Nord: sorry
Oups! Le cri SORRY des quelques centaines d'américains présents a bien resonné dans la salle !
C'est rigolo ce jeu, de projection subliminale et manipulation mentale des groupes, n'est pas?...
Maintenant nous sommes préparés pour commencer l'étude biblique: évangile selon saint Luc, chapitre 4 - le debut du ministère publique de Jésus.'.
Mais s'il y avait une formation des journalistes à l'oecuménisme, ce genre de choc et ces incompréhensions seraient relativisés. Heureusement, mes discussions avec les journalistes de l'AFP, de la Croix, ou mes correspondances pour L'Express, France Catholique, Radio Notre Dame, Radios chrétiennes de France, ou la télévision KTO, me font constater agréablement qu'en France subsiste une ouverture de principe par rapport à l'oecuménisme. Je ne suis pas sûr que ce soit forcément le cas en Russie ou en Grèce 
Cela dit je me sens obligé du coup de justifier mon enthousiasme par rapport à cette assemblée.
Tout d'abord il convient de rappeler que lorsque se réunissent les synodes de l'Eglise catholique romaine, vastes rassemblements de l'oikouménè, personne ne parle de souk ou d'auberge espagnole ! Et ces assemblées prennent rarement leurs décisions au bout du 3e jour. On me permettra de rappeler qu'on attend toujours les décisions signées par le pape du synode sur l'eucharistie d'octobre dernier...Et s'il est vrai que la décision de s'accorder par consensus réclame plus de temps voire oblige à reculer le choix par rapport à un problème, personne ne peut reprocher au COE d'être une structure pyramidale.
Deuxièmement l'assemblée du COE est le plus grand rassemblement chrétien inter-confessionnel existant sur la planète. Ce seul fait me paraît suffisant pour justifier ce genre d'assemblée. Et quant en plus les 348 Eglises du COE représentant plus de cent pays parviennent à se mettre d'accord sur des questions aussi importantes que l'unité de l'Eglise (ce qui a été le cas hier en commission), sur une mondialisation fondée sur l'agapè, ou sur des actions communes contre le sida, contre toute forme de violence ou de discrimination, cela donne un espoir que nos sociétés occidentales semblent avoir perdu depuis si longtemps. Quel plaisir de rencontrer des gens au regard clair, ouverts sur le monde et pratiquant au quotidien la charité dans l'unité !
Troisièmement je ne suis pas d'accord avec l'idée que ces appels à la justice économique soient irréalistes. Ce matin le président du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva l'a démontré de façon simple et tranquille. Il a remercié le COE d'avoir toujours soutenu le Brésil aux pires heures de la dictature militaire 'et pas seulement au niveau de la simple solidarité morale'. Il a rappelé dans un brouhaha d'applaudissements le nom du dissident brésilien Paulo Freire, accueilli en Europe par le COE. Ces gestes qui pouvaient paraître très 'peace and love' dans les années 1970 portent aujourd'hui leurs fruits. Le président brésilien, marqué par cette spiritualité oecuménique sociale, a déroulé ses résultats depuis qu'il a pris ses fonctions en 2002. Il faut lire son discours de A à Z. Un seul chiffre est éloquent.' En 2002, 12 millions de personnes n'avaient pas accès à l'electricité au Brésil. Aujourd'hui ils ne sont plus que 9,5 millions. En 2008, tous les brésiliens auront accès à l'électricité.' Je regarde du coin de l'oeil mon voisin journaliste. Il lève le pouce !
Un monde sans pauvreté est possible. Il faut simplement trouver de nouveaux mécanismes financiers comme le rappelait hier sous les applaudissements le père Vsévolode Tchaplin, chef adjoint des relations extérieures du patriarcat de Moscou, dans un bon discours. Je me souviens également de cette lettre de Konrad Raiser adressée il y a 3 ans à Kofi Annan qui avait cédé aux pressions les plus néo-libérales de la Banque mondiale, de l'Organisation mondiale du commerce, et du Fonds monétaire international. Le lendemain il recevait une réponse du secrétaire général de l'ONU lui annonçant que ces institutions étaient prêtes à le rencontrer en la personne de leurs directeurs à Genève !
Je suis d'accord avec le père Tchaplin qu'il ne faut pas revenir à une économie communiste planifiée ni à une économie de la cueillette comme le suggèrent certains représentants des îles Fidji. Si on voulait bien croire que le meilleur investissement, était non pas celui qui rapporte le plus de profits, mais celui qui rapporte la meilleure qualité de vie, nous trouverions toutes les instances pour mettre en pratique ces principes. Le monde du vrai commerce et de l'entreprise bénéficiaire, non pas le monde des mafias et des banques off shore, est un monde fondamentalement enraciné dans l'Esprit. Mais personne ne le dit plus depuis Adam Smith et le père Serge Boulgakov !
L'Eglise dispose d'une voix éthique qui est gigantesque. Mais personne ne l'utilise à cause des divisions et les médias ont tendance à l'ignorer. Hier le correspondant de l'AFP m'a confié qu'il n'avait pu passer qu'une seule dépêche depuis le début de l'assemblée, sur les cartoons of Mahomet. Il est persuadé en revanche que si on en vient à parler des questions d'homosexualité avec R. Williams, sa dépêche passera immédiatement! Il est là le vrai problème. Pas dans l'assemblée de Porto Alegre. Cette assemblée est un grand événement spirituel qui permet de se rapprocher des ondes les plus fines du souffle de l'Esprit!
Voilà ça va mieux en le disant !
Terminons avec le grand Lula : 'My friends, christian ecumenism is an example for the goal of peace on the earth!'
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